Une activité commerciale, industrielle ou artisanale
peut, généralement, être exploitée
à titre individuel ou en société. Quoiqu'il
en soit, la décision de mettre son entreprise sous
forme sociale ou de l'exploiter à titre individuel
n'est pas neutre, eu égard aux conséquences
qui y sont attachées et doit s'appuyer sur une appréciation
des avantages mais aussi des limites de la forme choisie.
Ainsi,
l'adoption d'une structure sociétaire permet de donner
à l'entreprise un cadre juridique autonome grâce
à la personnalité morale de la société.
Cette personnalité morale permet une séparation
des patrimoines et donc une dissociation des biens du chef
d'entreprise de ceux constituant le patrimoine de l'entreprise.
Le
souci de favoriser la transmission ultérieure de
l'affaire peut également conduire à privilégier
la forme sociale.
Par
ailleurs, chaque type de société offre un
schéma d'organisation du pouvoir différent.
Le choix à exercer dépend dès lors
de considérations tenant aux particularités
juridiques des différentes formes de sociétés
possibles.
Au-delà
de ces considérations propres à l'organisation
du pouvoir ou à la transmission d'entreprise, certaines
dispositions fiscales et sociales sont susceptibles d'orienter
le chef d'entreprise dans le choix de son statut.
Traitement
fiscal et social de la rémunération du chef
d'entreprise
Approche fiscale
Si
les gérants de SARL et dirigeants de SA suivent le
régime fiscal des salariés, les revenus des
entrepreneurs individuels et associés de sociétés
relevant de l'IR sont des bénéfices imposables
dans la catégorie dont relève l'activité
exercée. En tout état de cause, ces rémunérations
supporteront le barème progressif de l'IRPP.
En
terme de détermination de la base imposable, les
rémunérations allouées aux dirigeants
de société relevant de l'impôt sur les
sociétés (gérant minoritaire ou majoritaire
de SARL ou dirigeant de SA) bénéficient des
abattements de 10% et 20% comme pour les salariés
non dirigeants. Sous réserve de l'application de
plafonds spécifiques, la rémunération
nette de cotisations sociales ne supportera l'impôt
sur le revenu qu'à hauteur de 72% de son montant.
En
cas d'exploitation de l'activité sous forme d'entreprise
individuelle ou au travers d'une société de
personnes relevant de l'article 8 du CGI, la rémunération
allouée à l'exploitant ne bénéficiera
d'aucun abattement sauf en cas d'adhésion à
un centre ou une association de gestion agréée.
Dans cette dernière hypothèse, seul un abattement
de 20% sera appliqué, les frais professionnels déductibles
ne pourront pas faire l'objet d'une quelconque évaluation
forfaitaire.
Le caractère déductible ou non de la rémunération
allouée à l'exploitant va dépendre
de la structure juridique retenue et de son régime
fiscal.
En effet, les appointements que s'allouent, en rémunération
de leur travail personnel, les entrepreneurs individuels
et les membres de société de personnes n'ayant
pas opté pour l'impôt sur les sociétés
ne sont pas déductibles des bénéfices
de l'entreprise et sont soumis à l'impôt sur
le revenu dans les mêmes conditions que les bénéfices.
En
revanche, la rémunération du dirigeant d'une
société soumise à l'IS (SARL, SA, SAS
ou SNC ayant opté pour l'IS) est déductible
du bénéfice social. Cette déductibilité
va permettre à l'entreprise d'économiser 33,33%
(taux de droit commun de l'IS) du montant de la rémunération
allouée ; en contrepartie, le dirigeant sera soumis
à l'IRPP sur une base égale à 72% de
la rémunération nette perçue avec application
du barème progressif. Il en résulte, que tant
que le taux moyen de taxation du contribuable appliqué
à la rémunération versée compte
tenu notamment de l'abattement de 72% est inférieur
à 33,33%, une économie d'impôt peut
être réalisée en allouant une rémunération
au dirigeant plutôt que de maintenir ces sommes dans
les bénéfices de l'entreprise. Bien entendu,
il convient d'intégrer à ce calcul l'impact
des cotisations sociales attachées à la rémunération
prélevée et n'omettant pas de tenir compte
de la couverture sociale qui en résulte.
Approche sociale
Les
gérants minoritaires ou égalitaires de SARL
ainsi que les dirigeants de SA et le président de
SAS sont affiliés par assimilation au régime
général (régime des salariés).
L'assimilation au régime général des
salariés ne leur confère pas pour autant le
statut de salarié au sens du code du travail, sauf
s'ils cumulent leur mandat social avec un contrat de travail.
Les
gérants majoritaires de SARL (gérant détenant
seul ou avec d'autres gérants plus de la moitié
du capital social) , les associés gérants
ou non de SNC, le gérant associé unique d'EURL
ainsi que les entrepreneurs individuels sont assujettis
au régime des travailleurs non salariés :
cotisation personnelle d'allocations familiales, régime
d'assurance-maladie des non salariés et régime
d'assurance-vieillesse des industriels et commerçants,
des artisans ou des professions libérales suivant
la nature de l'activité exercée. Ils ne peuvent
avoir un contrat de travail dans la société.
Attention
: dans les SARL de famille, l'option pour le régime
fiscal des sociétés de personnes est sans
effet en matière sociale ; la situation du gérant
au regard des régimes de protection sociale dépend
uniquement de sa position majoritaire ou non.
Les
dirigeants de société assimilés à
des salariés (gérants minoritaires ou égalitaires
de SARL, dirigeants de SA, président de SAS) ne sont
redevables de cotisations au régime général
que sur la rémunération perçue et non
sur les dividendes. En l'absence de rémunération,
aucune cotisation n'est due. Comme pour tout salarié,
le paiement des cotisations est à charge de l'entreprise
avec retenue du précompte salarial sur le bulletin
de paye.
Bien
qu'étant assimilés salariés, les dirigeants
affiliés au régime général ne
peuvent bénéficier des mesures d'exonération
totale ou partielle de cotisations applicables aux salariés
ayant un contrat de travail : réduction bas salaires,
aides liées à la RTT, à moins qu'ils
ne cumulent un contrat de travail avec leur mandat social
et qu'ils cotisent aux Assedic.
Les
dirigeants de société affiliés au régime
des travailleurs non salariés (gérants majoritaires
de SARL associés gérants ou non de SNC, gérant
associé unique d'EURL, entrepreneurs individuels)
sont redevables de cotisations dont la base de calcul varie
selon le régime fiscal de l'entreprise :
- dans les sociétés soumises au régime
fiscal des sociétés de personnes, les cotisations
sont assises sur la part de bénéfice, distribuée
ou non, augmentée le cas échéant de
leur rémunération ;
- dans les sociétés soumises à l'impôt
sur les sociétés, les cotisations sont assises
sur les rémunérations à l'exclusion
des dividendes.
L'assiette
des cotisations des travailleurs non salariés est
constituée des revenus professionnels retenus pour
le calcul de l'IR avec quelques exceptions : ainsi, ne sont
pas retenues certaines déductions ou exonérations
admises en matière fiscale (abattement pour adhésion
à un centre de gestion agréé, déduction
pour investissement dans les DOM/TOM, exonération
pour entreprises nouvelles
).
Les
cotisations sociales des travailleurs non salariés
sont une dette personnelle et, si elles sont prises en charge
par la société, il s'agit d'un supplément
de rémunération.
Taxation
des bénéfices de l'entreprise : éléments
de fiscalité
Dans
une entreprise individuelle, les résultats de l'entreprise
font directement partie du revenu global de l'entrepreneur
individuel : les bénéfices de l'entreprise
sont soumis à l'impôt personnel progressif
de ce dernier qui intègre notamment les effets du
quotient familial. Le taux d'imposition va donc dépendre
de l'ensemble des revenus du foyer fiscal de l'exploitant.
Cette prise en compte automatique des bénéfices
de l'exploitation dans le revenu taxable du contribuable
a pour contrepartie l'imputation des éventuels déficits
subis par l'entreprise sur son revenu global. L'entrepreneur
peut ainsi compenser les pertes supportées pendant
la période de démarrage de l'activité
avec les autres revenus de son foyer fiscal.
Dans
les sociétés soumises à l'IR, les associés
sont personnellement imposables sur la quote-part de résultat
correspondant à leurs droits dans la société.
Ils sont imposables sur la totalité de la fraction
de bénéfice social leur revenant, que la société
distribue ou non ce bénéfice. Comme les entrepreneurs,
ils pourront déduire des autres revenus du foyer
fiscal leur quote-part du déficit de la société,
à condition toutefois qu'ils participent personnellement
et directement à la gestion de l'entreprise.
La
situation des associés de sociétés
soumises à l'impôt sur les sociétés
est sensiblement différente puisque ces derniers
ne sont personnellement imposables que sur les sommes qui
leur sont versées à titre de dividendes ou
de rémunération. L'impôt progressif
n'est donc pas dû sur les bénéfices
non distribués qui supportent l'impôt sur les
sociétés au taux de 33,33% sous réserve
de l'application du taux réduit pour les PME.
Qu'il
s'agisse d'une entreprise individuelle ou d'une société
de personnes relevant de l'IRPP (article 8 du CGI), la rémunération
allouée à l'exploitant va se confondre avec
le bénéfice de l'exploitation et ne constitue
en aucun cas une charge déductible.
Il
en résulte une absence de maîtrise de la base
taxable puisque l'ensemble du bénéfice, rémunération
incluse, supportera la barème progressif de l'IRPP.
Au
contraire, dans une structure relevant de l'impôt
sur les sociétés, une marge de manuvre
est laissée au dirigeant qui peut s'allouer une rémunération
passible du barème progressif de l'IRPP qui sera
déductible des bénéfices sociaux pour
le calcul de l'IS ou choisir de maintenir l'ensemble des
profits dans la personne morale en conservant ainsi un taux
de taxation à 33,33%. Notons que la mise en uvre
du taux réduit d'IS à 25% pour les exercices
ouverts en 2001 et à 19% pour les exercices ouverts
en 2002 renforce l'intérêt de cette possibilité
dans les sociétés relevant de l'IS.
La protection sociale du dirigeant
Bien
que depuis quelques années le régime de protection
sociale des non salariés se rapproche de celui des
salariés, il n'en reste pas moins quelques différences
en faveur du régime des salariés : tel est
le cas des indemnités journalières d'assurance
maladie et maternité.
Si
le régime de retraite de base est comparable quelque
soit le statut du dirigeant, les régimes complémentaires
diffèrent : les dirigeants assimilés salariés
cotisent dans les mêmes conditions que les salariés
aux régimes complémentaires (Agirc, Arrco)
donc sans choisir le montant des cotisations tandis que
les non salariés peuvent moduler leurs cotisations
aux régimes complémentaires ce qui a une incidence
sur le niveau de leurs retraites.
Les
dirigeants non salariés peuvent de plus souscrire
aux dispositifs loi Madelin pour bénéficier
de prestations supplémentaires en matière
de prévoyance et de retraite en contrepartie de cotisations
déductibles.
Les
dirigeants salariés ne peuvent être affiliés
à l'ASSEDIC qu'au titre d'un contrat de travail :
il est conseillé dans ce cas de saisir le service
des mandataires sociaux de l'ASSEDIC pour savoir s'ils indemniseront
le salarié en cas de chômage.
Il existe un régime d'assurance volontaire contre
le chômage (GSC ou APPI) pour les dirigeants de société
salariés ou non exclus du régime ASSEDIC:
si les cotisations à ces régimes sont prises
en charge par la société, il s'agit d'un complément
de rémunération. Si le dirigeant a un statut
assimilé salarié, ce complément de
rémunération sera réintégré
dans l'assiette des cotisations dues au régime général.
Si le dirigeant est non salarié, les cotisations
dues aux régimes volontaires bénéficient
de la déductibilité fiscale accordée
aux contrats loi Madelin.
En
conclusion, si les prestations des dirigeants non salariés
sont d'un niveau plus faible que celles des assimilés
salariés, dans la mesure où les cotisations
des travailleurs non salariés ont un coût moindre
que celles des salariés (car il faut tenir compte
des cotisations salariales et patronales), le choix d'un
régime non salarié offre plus de souplesse
en choisissant une protection sociale sur mesure.